jeudi 22 décembre 2011

J'irai verser 2011 sur tes tripes


Dernière ligne droite avant la grande mise à sac de l'inter-monde, la vermine joue des coudes, les damnés implorent la pitié des justes et la fortune abat ses dernières cartes : oui, l'heure est venue à nouveau de mesurer nos spectaculaires aptitudes à la perte de temps en nous livrant à cette tradition obsolète mais cruellement toxique du bilan de fin d'année. Rembobinage personnel en 13 étapes et sans la moindre hiérarchisation, ci-après :


Les 10 disques auxquels j'ai accordé une concession à durée indéterminée sur mes étagères en 2011

The Spits V (In The Red)

En bref : Le cinquième et meilleur album des lazer-punks de Seattle, dont la formule déjà largement éprouvée (riffs Ramones + synthés Screamers + voix d'attardé mental) atteint ici son point de raffinement absolu.
Recommandé si vous aimez : Risquer votre vie en escaladant une falaise escarpée, juste pour le plaisir de pisser depuis le sommet.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :  
- One gang could run this city. We could tax the crime syndicates, the police, because WE got the streets, suckers! Can you dig it?
 The Warriors (Walter Hill, 1979)


Catholic Spray Amazon Hunt (Teenage Menopause)

En bref : Le disque qui a replacé l'épicentre du cool dans le 18ème arrondissement.
Recommandé si vous aimez : Les moments de vérité crue devant un grec-frites froid à 5h du matin dans un immeuble ravagé par les flammes d'un incendie causé par une baston entre deux trans.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- How you making it?
- Like every other swinging dick in this place makes it. Day by motherfucking day.
To Live And Die In L.A. (William Friedkin, 1985)



Death Grips Exmilitary (Thirdworlds)

En bref : L'incroyable premier album -même s'il est dans les faits plutôt présenté comme une mixtape- du nébuleux projet hip-hop de Zach Hill.
Recommandé si vous aimez : Vous battre torse nu contre des chiens dans des parkings souterrains.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :  
- Men began to feed on men. On the roads it was a white line nightmare. Only those mobile enough to scavenge, brutal enough to pillage would survive.
Mad Max 2 (George Miller, 1981)


Video Leather Leather (Play Pinball!)

En bref : La réunion de quatre teignes à la mandale facile ayant précédemment semé chaos et désordre au sein de Wax Museums, Bad Sports, Wiccans et Silver Shampoo.
Recommandé si vous aimez : Boire vos trois verres d'alcool de tarentule quotidiens en attendant la baston du soir au comptoir de tripots clandestins exclusivement fréquentés par des Serbes aux yeux rouges et aux chaussures dépareillées.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- Are you leavin'?
- Yeah, I gotta go, but, um, whatta ya say when you get outta here we have a drink sometime, hmmm? In a glass.
Blow Out (Brian De Palma, 1981)


Royal Headache Royal Headache (R.I.P. Society / XVIII)

En bref : Le meilleur disque Australien de ces 20 dernières années. 12 pop songs brisées par un sentiment de regret infini, jouées comme on braque une Twingo : les larmes aux yeux et la rage au ventre.
Recommandé si vous aimez : Hüsker Dü, les Misfits canal historique, Dennis Wilson et les après-midi de désespoir à haleter sous le cagnard comme un forçat en cavale.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- You receive a love letter from me, and you're fucked forever! You understand, fuck? I'll send you straight to hell, fucker!
Blue Velvet (David Lynch, 1986)


Cheveu 1000 (Born Bad)

En bref : Le deuxième album du meilleur groupe du monde.
Recommandé si vous aimez : Rater le dernier train de la journée parce qu'il vous manque 2 euros pour vous payer le billet et vous retrouver obligé de faire la manche en terre hostile pour espérer repartir le lendemain.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- Hermanos Rodriguez do not approve of drugs.
- Neither do I, but it's my birthday
 Repo Man (Alex Cox, 1984)


The Men Leave Home (Sacred Bones)

En bref : Une bande de sans l'sou au regard biaiseux et aux épaules osseuses qui jouent comme si 1994 n'avais jamais existé.
Recommandé si vous aimez :1988, 1989, 1990, 1991, 1992, 1993.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- Art sure is ugly.
- Shows how much you know about art. The uglier the art, the more it's worth.
- This must be worth a fortune, man
 After Hours (Martin Scorsese, 1985)



Total Control Henge Beat (Iron Lung)

En bref : Le spectaculaire premier LP du projet synth-punk de membres de Eddy Current Suppression Ring et de UV Race.
Recommandé si vous aimez : Prendre des pillules pour vous souvenir de prendre des pillules pour oublier.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- What the fuck are you doing? You're hanging around my fuckin' neck like a vulture, like impending danger
Goodfellas (Martin Scorsese, 1990)


J.C. Satàn Hell Death Samba (Slovenly)

En bref : Le deuxième album du meilleur groupe Girondo-Turinois du Système Solaire.
Recommandé si vous aimez : Fumer pendant l'amour tout en écoutant simultanément des disques de Can et Os Mutantes.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- You're changing Seth. Everything about you is changing. You look bad. You smell bad.
- I've never been much of a bather
 The Fly (David Cronenberg, 1986)


UV Race Homo (In The Red)

En bref : Un chef d'oeuvre de pop lo-fi aux niveaux de branlitude inégalés, porté par l'immense "Inner North", single sur-addictif décrit par la presse Australienne comme "le Losing My Edge de la zone à Melbourne".
Recommandé si vous aimez : Rater le dernier train de la journée parce qu'il vous manque 2 euros pour vous payer le billet et glander sans but en terre hostile plutôt que de faire la manche pour espérer repartir le lendemain.
S'il fallait le résumer à une réplique de film :
- I already got trouble with my kids, my wife, my business, my secretary, the bums, the runaways, the roaches, prickly heat, and a homo dog. This just ain't my day.
Street Trash (Jim Muro, 1987)


Les 5 concerts auxquels vous auriez été inspiré de me suivre en 2011

The Spits
Club Soda, Montréal

Montréal ressemble à une bande dessinée de Daniel Clowes dont on aurait retiré les personnages principaux. Tout y paraît si paisible, si parfaitement à sa place mais en même temps ravagé par une insaisissable absence, comme une ombre de menace et d'insatisfaction sur laquelle il est impossible de mettre le moindre mot, jusqu'au moment où, en entrant dans le métro, vous tombez sur cet écran lumineux qui fait défiler en énormes lettres oranges une citation de Laurent Ruquier et où vous comprenez soudainement que le cancer qui ronge cette ville est aussi cruel que pernicieux. L'endroit idéal, en somme, pour un concert des Spits, qui y ont tout naturellement livré en septembre dernier la plus fantastique prestation de l'année, bastonnant 25 minutes durant un impitoyable best of de leurs cinq albums, grimés en Marty Feldman dans Young Frankenstein, devant une foule fervente et dévouée. En rentrant du concert sur les coups de 3 heures du matin, le taxi roulait à pleine vitesse et toutes vitres baissées et j'étais tellement plein de bonheur et d'allant que je me suis trompé d'appartement, rentrant avec fracas dans celui du dessous, occupé par une famille de musulmans ultra-pratiquants qui, fort heureusement, dormaient les poings fermés et la bouche ouverte et ne se sont donc aperçus de rien.


Death Grips
Club Lambi, Montréal

C'est toujours à Montréal, mais cette fois-ci au Club Lambi (un genre de cabaret pour bikers situé au troisième étage d'un immeuble lambda en plein centre ville où -je l'appris sur place avec douleur- les Doughboys avaient livré quelques semaines plus tôt et avec une relative discrétion un de leurs rares concerts de reformation) que j'ai pu assister à un des enchaînements les plus punitifs de 2011 au milieu de b-boys blancs et barbus et de jeunes métalleux noirs en perfecto/baskets et t-shirts Municipal Waste. B L A C K I E, tout d'abord, rappeur Texan hystérique jouant à moitié nu un genre de digi-punk de la dernière chance, quelque part entre Babyland et dälek pour la musique et Les Savy Fav et Jean-Louis Costes pour la prestation scénique. Sa venue à Paris pour la prochaine édition de Villette Sonique étant dores et déjà confirmée, je ne saurais que trop vous recommander de vous trouver une place dans les premiers rangs le moment venu. Vous vous prendrez sans doute une ou deux châtaignes en travers de la mâchoire (l'animal est excessivement turbulent et aime la confrontation) mais encaisserez assurément la plus belle rouste de l'année à venir. Death Grips ensuite, qui ont mis l'assemblée du club à genoux dès le premier morceau, en formation ultra-réduite : MC Ride au chant, Flatlander aux machines, Zach Hill à la batterie et un quatrième énergumène sur le côté gauche de la scène faisant office de ventilateur, agitant un gigantesque éventail devant un groupe hagard et trempé de sueur, comme à peu près tout le monde dans la salle. Retour en taxi lourdement sonné et tout à fait dégrisé. Cette fois-ci, j'ai poussé la bonne porte du premier coup.



La Chatte
La Flèche D'Or, Paris

Etait-il possible de passer 2011 sans une nouvelle démonstration de style signée La Chatte ? Je ne crois pas. Si j'ai du éliminer d'office leur impeccable prestation à la première soirée new Noise vs J'irai verser du Nuoc-Mam sur tes tripes (ce qui explique également l'absence dans cette liste de Black Bug, Mondkopf, Duflan Duflan et dDamage), il était tout à fait inconcevable de passer sous silence leur incroyable concert de retour au bercail en septembre dernier à la Flèche D'Or où le groupe a dévoilé les premiers extraits de son deuxième album (qui sortira au printemps prochain chez Tsunami-Addiction). A noter dans les Chatte-related notices de 2011 que Nicolu (guitare) a lancé cette année une excellente émission radio sur le net (Cheval Radio, le dimanche à 21h) et que Stereovoid (machines) continue à poster sur Facebook les meilleures photos et captures d'écran de tout l'internet (à égalité avec Stéphane Blanquet).


Meat Beat Manifesto
Le Divan Du Monde, Paris

Après le terriblement décevant Answers Come In Dreams, on n'attendait franchement plus grand chose de Jack Dangers, et surtout pas un live aussi impérial, porté par une set-list inattaquable, piochant dans l'intégralité de la discographie de Meat Beat Manifesto (exception faite de Satyricon, dont on n'a malheureusement pu entendre que quelques boucles) et un mix vidéo hallucinant qui a introduit 4 nouveaux titres absolument incroyables (et franchement je pèse mes mots) : "Acid Test", "Microphone Test", "Bass Test" et "Drum Test", qui figure sur la vidéo ci-dessus.


Demdike Stare
Gaîté Lyrique, Paris

Le cadeau de fin d'année de Paul et Guillaume pour la dernière In Paradisum de 2011 : une affiche par delà les limites de l'irréel avec les impériaux Sandwell District et surtout, surtout, les rarissimes Demdike Stare dont le live occulte et narcotique tout en caresses strobiques et brutalité contenue a littéralement assujetti une poignée d'élus lourdement infectés par les volutes de terreur du duo du Lancashire.


Les 5 tubes drogue dure joue-la-en-boucle de 2011


La Femme Sur La Planche
Extrait du 10" Le Podium #1 - La Femme (Third Side)


Black Bug Shard Of Glass
Extrait du 7" Police Helicopter (HoZac)


TV Colours The Kids Are All Grown Up
Extrait du split 7" avec Assassins88 (Dream Factory)


Emptyset feat. Cornelius Harris Altogether Lost
Extrait du 12" Altogether Lost (CLR)


Tyson Out Of My Mind
Extrait du 12" Out Of My Mind (Back Yard)


Prix Robert Mitchum 2011
Cette année encore le prix ne sera pas décerné à un film mais à une série, puisque, de tout ce que j'ai pu voir en 2011, rien n'a atteint le quart de la mi-cheville de la saison 4 de Breaking Bad. Mention plus qu'honorable tout de même à Tyrannosaur, le premier film de Paddy Considine. Les bons acteurs font souvent de bons réalisateurs, il était donc logique que le meilleur acteur de ces dernières années fasse un réalisateur d'exception (sortie prévue en France début 2012, mais j'en reparlerai sans doute d'ici là).


Prix Fabien Onteniente 2011
Décerné à Nicolas Winding Refn pour Drive. Si j'ai envie de voir un film avec une issue funeste et un héros froid, rageur et méthodique qui temporise comme un vieux Mexicain pétant au soleil, j'ai déjà Little Odessa, merci. Pas besoin d'une version emo petit bras avec un mash-up de Thomas Dutronc et François Hollande qui passe 90 minutes à imiter la Joconde.


Prix Raymond Chandler 2011
Décerné sans réelle surprise à Philippe Garnier pour L'Oreille D'Un Sourd, essentielle compilation de ses articles parus dans Libération pour la rubrique du même nom. A noter la sortie cette année également de deux autres livres de Garnier, Noir Comme Neige et L'Âme De L'Ouest, accompagnant -respectivement- les sublimes éditions DVD de Day Of The Outlaw (La Chevauchée Des Bannis, crépusculaire masterpiece d'Andre De Toth) et du doublé Man In The Wilderness / The Man Who Loved Cat Dancing (Le Convoi Sauvage et Le Fantôme De Cat Dancing, westerns désespérés de Richard C. Sarafian, réalisés dans la foulée de Vanishing Point) sorties chez Wild Side dans la collection Classics Confidential.


Prix Jacques Séguéla 2011
Décerné à l'attaché(e) de presse de Nicolas Jaar, qui a réussi à faire passer pour "la vision fantasmagorique d'un spleen contemporain" un disque qui était de toute évidence le projet d'un élève de 1ère Littéraire réalisé dans le cadre d'un concours national "musiques & média" parrainé par Grand Corps Malade. Mention honorable toutefois à Mercury et à son concours interne "Projet : Lulu", brillamment remporté par la branche Française avec Lulu Gainsbourg : réussir à faire passer un type déguisé en un improbable hybride de Johnny Depp et Richard Anthony pour le fils de Serge Gainsbourg, lui faire enregistrer un disque et annuler son concert Parisien à la dernière minute, ça valait bien la première place devant l'équipe US (qui s'est pourtant bien défendue avec son album de Lou Reed et Metallica disponible en version Deluxe dans un boîtier en forme de télescope).


Prix Peter Hook 2011
Décerné à Andrew Innes, guitariste de Primal Scream, qui a passé l'ensemble des concerts du 20ème anniversaire de Screamdelica à taper dans ses mains et à faire semblant de jouer, tout en arborant un embarrassant look de jardinier SM.


Prix Sosies De Stars 2011

Décerné au chat qui ressemble à Martin Scorsese

Mention honorable : le chat qui ressemble à Kevin Bacon



Les 3 meilleurs mot-clés tapés par des visiteurs de J'irai verser du Nuoc-Mam sur tes tripes en 2011

  • Monosourcil roux
  • Valérie Pécresse nue
  • Salope académique


Les 10 pochettes de disque de 2011

Catholic Spray Amazon Hunt (Teenage Menopause) par Pierre Yeaahh!

Thee Oh Sees Carrion Crawler/The Dream (In The Red) par Elzo Durt

The Psychic Paramount II (No Quarter) par Yoo Sun

Zombi Escape Velocity (Relapse) par Jeremy Schmidt

Acid Baby Jesus Acid Baby Jesus (Slovenly)

Royal Headache Royal Headache (R.I.P. Society)

Thee Oh Sees Castlemania (In The Red) par William Keihn

Dirty Beaches Badlands (Zoo Music)

The Panics Rain On The Humming Wire (Dew Process)

Bob Hund Det Överexponerade Gömstället (Törncrantz Rock'N'Roll) par Martin Kann


Les 5 ouvertures de passage vers la planète des morts de 2011

6 septembre
Dans un restaurant vietnamien du Vème arrondissement, je mange à côté d'une grappe de théâtreux/producteurs âgés d'environ 60 ans et lancés dans une discussion fort animée sur le poke. A un moment, l'un d'entre eux a demande très sérieusement "ça n'a rien à voir avec les Pokémon, donc ?". Plus tard, alors que je reviens des toilettes, je les entend parler d'un type qui vit dans un manoir près d'Aix-en-Provence et qui fait des scans de son chien.

12 octobre
Dans le RER A, je suis assis à côté d'un type d'une trentaine d'années qui lit un exemplaire de poche de Quatre-Vingt-Treize de Victor Hugo avec une photo de Nathalie Kosciusko-Morizet scotchée très proprement sur la couverture.

15 juin
Dans mon bureau, deux techniciens réparent le système de climatisation. Le premier ressemble à Elie Chouraqui, le deuxième ressemble -plus étonnamment- à Agnès Varda. La sonnerie de portable du premier est une invraisemblable version sur-saturée de "Mon Ami Pierrot" avec une fausse note incroyable en plein milieu. Tous deux travaillent dans le plus parfait silence, échangeant de temps à autre de petits hochements de tête mystérieux.

7 décembre
Sur la ligne 5, aux alentours de minuit, une petite dame rabougrie ressemblant férocement à Nelson Monfort monte dans le wagon station Gare de l'Est et se lance sans la moindre sommation dans une ébauche de pole-dance sur l'une des barres du métro, manquant à plusieurs reprises de perdre l'équilibre. Après une série de pirouettes terriblement cagneuses, elle s'assied doucement, comme si rien ne s'était passé. Deux stations plus loin, elle descend en adressant aux trois personnes présentes dans le wagon un bref hochement de tête.

16 décembre 
Sur le quai de la station Porte D'Italie, alors que j'attends ma correspondance, un type à côté de moi se met à taper sur le bord d'une rembarde avec des baguettes de batterie. C'est un type trapu, d'une quarantaine d'années, qui porte un perfecto hors d'âge, un t-shirt sale au col déformé, une petite moustache, des lunettes rondes et un reste de cheveux ébourrifés sur un crâne sévèrement dégarni, exactement comme Jean Reno dans Subway.


Les 5 points de colle qui tiennent l'Univers en place





vendredi 2 décembre 2011

On repeat


Extrait de The Horror, premier album des New-Yorkais de Pop. 1280, qui sortira début 2012 sur Sacred Bones et qui s'impose dores et déjà comme l'une des beignes majeures de la nouvelle année.

Pop. 1280 - Bodies In The Dunes

jeudi 1 décembre 2011