lundi 20 mai 2013

On repeat


Extrait de Mort Pour La Transe, troisième EP de Harshlove, excellentissime projet de Raph Sabbath, par ailleurs fondateur de Strasbourg et responsable de l'artwork du V.I.H.S. de Lonely Walk.


A noter que Harshlove sera à l'affiche de la dernière soirée Kongfuzi vs J'irai verser du Nuoc-Mam sur tes tripes de la saison, le 12 juin prochain à la Mécanique Ondulatoire, aux côtés de Lonely Walk et Jessica 93, comme l'indique le flyer ci-après, réalisé à mains nues par LL Cool Jo.

vendredi 17 mai 2013

My own private idaho

Parce que les vacances sont faites pour tout, y compris se terminer, j'ai laissé les surfeurs de Praia Grande continuer à se ramasser sur des vagues hautes comme des séquoias californiens, pour rentrer à Paris et vous annoncer immédiatement trois choses :

Tout d'abord que les Espagnols sont officiellement passés à la première place du top 5 des touristes les plus pénibles, détrônant enfin les Italiens après des années d'un règne sans partage. Irrespectueux, sales, vulgaires, embarrassants et terriblement ordinaires, ils ont aujourd'hui tous les atouts en main pour devenir l'écume de l'Europe. Même s'ils se font un peu plus discrets que par le passé, les Français conservent leur troisième place, loin devant les Japonais, qui ne doivent leur présence en quatrième position qu'à leur spectaculaire propension à se noyer dans un verre d'eau. Enfin, les Néerlandais ferment, comme à leur habitude, le classement, moins à cause de leur comportement que de cette question, qui me taraude depuis mon adolescence : pourquoi les Néerlandaises de plus de 50 ans ressemblent systématiquement à Robert Charlebois ? A quel moment se produit cette stupéfiante transformation ? Et dans quel but ? Le mystère reste entier.

Sachez ensuite que Entartete organisera demain une nouvelle soirée Chanson Française Dégénérée, avec à l'affiche Petra Pied De Biche (one-woman band d'Amiens pile entre Soeur Sourire, les Screamers et Malaria, notamment responsable il y a quelques mois du sur-tubesque "Parce Que Tu Es"), Gueule Ouverte (punk claudiquant Grenoblo-Montréalais à qui l'on doit "Gardez La Monnaie", LE morceau sur les pièces rouges qu'on attendait depuis la mise en place de l'euro en 2002) et Merde Fantôme, duo d'Amiens qui déclare aimer "Throbbing Gristle, Glu, Whitehouse, les cris d'animaux, les rythmes préhistoriques, l'alcool et Satan", ce qui, vous en conviendrez, est la marque de gens tout à fait recommandables. C'est donc demain 18 mai, à l'Espace B et à 20h précises. Et si tu n'as pas les 5 euros qui te permettront d'y accéder, j'ai 4 places à te faire gagner là, tout de suite, maintenant, il suffit juste d'en faire la demande polie et courtoise via mail/facebook/twitter (tout est disponible en haut à droite).

Enfin, troisième point et non des moindres, la sortie imminente de Who Cares, l'incroyable premier album (deuxième si l'on compte le EP sorti l'an dernier) de Jessica 93, qui sort conjointement sur Teenage Menopause, Et Mon Cul C'est Du Tofu? et Music Fear Satan. Un disque à écouter dans un de ces longs métros en route vers la mort, fonçant dans la chaleur de juillet ou sous la neige qui tombe en rafales, où chaque titre est comme une cigarette tâchant le bleu doux de la nuit, fumée lentement et avec abandon avant l'assaut final sur le monde. Et comme vous avez déjà considérablement usé et abusé de "Away", premier extrait de Who Cares posté sur les interwebs il y a pile un an, voici en exclusivité (et avant l'écoute intégrale prévue la semaine prochaine chez The Drone), un deuxième titre, intitulé "Poison", qui est -et ce n'est pas tout à fait un hasard- un de mes préférés du disque.



D'avantage d'Idaho propre et personnel :

jeudi 2 mai 2013

On repeat





Ça fait des mois que ça dure, toujours à fond, toujours en boucle.
Pour que l'expérience soit complète, je vous conseille de commander le disque directement auprès de FXHE, toujours un grand moment que les échanges de mails avec Shitty Smitty (qui vous accueille invariablement d'un "Ssshhiiiittt" tonitruant, puis multiplie les "PEACE" avant de finir par vous mailer, en loucedé, deux semaines plus tard pour vous demander votre adresse postale -qu'il a déjà, évidemment).

mardi 30 avril 2013

Wrong meeting


Véronique "étron libre" Genest en t-shirt Nirvana, la photo a été publiée cet après-midi par Grazia et s'est immédiatement imposée comme le prétexte optimal pour désarchiver le Graal absolu du dérapage vestimentaire, à savoir cette légendaire photo de Jean-Luc Lahaye en t-shirt Black Flag/DOA parue en août 1991 dans Télé 7 Jours.


A noter également ces sublimes captures de On Craque... Sandy, qui m'ont été gracieusement envoyées par JB Born Bad et Mamass des Tigres Du Futur. 3ème film de Michel Nerval (à qui l'on doit notamment Le Bahut Va Craquer, dans lequel Robert Castel fait une des plus belles imitations anticipatoires de Nicolas Sarkozy qu'il vous sera donné de voir), On Craque... Sandy vaut surtout pour  la présence totalement autre de Michel Galabru dans le rôle de Fernand, personnage au goût prononcé pour Suicide, Iron Maiden et les bottes camarguaises.



lundi 29 avril 2013

mardi 23 avril 2013

On repeat


Le nouvel album de Man Or Astro-Man? sort le 21 mai (cd sur Communicating Vessels, vinyle chez Chunklet) et je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'avancer le moindre argument supplémentaire, si ce n'est peut-être que le premier extrait est disponible juste ici.



lundi 22 avril 2013

Orval Carlos Sibelius - Super Forma (Clapping Music)


Texte écrit pour la bio du nouvel album d'Oscar Carlos Sibelius, dont la sortie est prévue le 22 mai sur Clapping Music.

Il existe des morceaux pour les jours où vous vous réveillez torse nu et sans chaussures aux abords d’une zone industrielle et où, après 4h de galère sous la pluie, vous retrouvez le chemin de votre appartement. Des morceaux qui vous ouvrent la porte avec un sourire aimant, vous tendent une couverture qui sent bon la poudre de cade et le chocolat chaud et vous propulsent instantanément sur la 4 fois 4 voies du bonheur inaltérable. Pas beaucoup, certes, mais il y en a. Il existe également des morceaux que vous avez découvert un beau matin d'avril et qui depuis restent invariablement associés au retour du printemps, à la lumière qui danse derrière les rideaux et à ces jours où on a presque envie de voir ce qu'il se passe avant midi. Pas beaucoup non plus, mais, là aussi, il y en a.

Et puis il existe des titres capables de faire tout ça en même temps, en à peine plus de 5 minutes et sans même l'amorce d'un effort. Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certain qu’il en existe plus de trois, mais j'en connais au moins un. Il s'intitule "Good Remake", il figure sur le troisième album d'Orval Carlos Sibelius (ex-chanteur/guitariste de Centenaire) et a été placé, luxe suprême, à la toute fin du disque, afin que seuls soient récompensés les valeureux et les justes. Vous n'aurez toutefois pas besoin de patience ni de courage pour venir à bout de Super Forma. Un matériel en état de marche, même approximatif, devrait suffire. Parce que même si l'objet à été ouvragé avec un soin propre aux plus cinglants coups de maîtres (pendant deux ans, en studio et sur bandes analogiques), une exubérance de disque maudit (l'ingénieur du son a jeté l'éponge au bord du nervous breakdown, laissant le soin à Stéphane Laporte - Centenaire, Egyptology- de finir le mixage, et Orval lui-même, à bout de patience, a fini par sortir son 2ème album -Recovery Tapes, enregistré en solo- dans l'intervalle) et qu'il contient une paire de moments totalement autres, où la raison a définitivement été écartée (le psychotronique "Cafuron" et ses trompettes fuzz sonnant le pinacle de la journée la plus pourrie de l'Univers sous fond d'arpèges horrifiques), il doit sa dimension épique, toute en polychromies hurlantes et vapeurs occultes, avant tout à ses chansons, puisque au final, c'est bien de cela qu'il s'agit et de pas grand chose d'autre.
Des chansons pour les jours où vous vous réveillez torse nu et sans chaussures aux abords d’une zone industrielle, bien sûr, mais aussi et surtout des chansons où le feu et la grâce tombent dru comme grêle et sans la moindre indulgence 46 minutes durant, dissolvant dans une spectaculaire averse mercurielle Byrds et Robert Wyatt ("Spinning Round"), Morricone et les Ventures ("Desintegraçao", "Asteroids"), psychédélisme italien et vents californiens ("Super Data"). La manière est radicale, le résultat écrasant. Et à la fin, alors que s'envolent les dernières notes de l'immense "Good Remake" et qu'au loin, une nation d'insectes continue à chercher son âme dans la brume du continuum pop, Orval Carlos Sibelius avance tranquillement vers la lumière avec l'étincelante démarche des seigneurs, tenant entre ses mains l'enveloppe intacte d'un coeur palpitant. Pas n'importe lequel : le votre. Le voyage est à ce prix. On n'en revient pas, mais on y reste heureux. Fou, perdu, mais heureux. Après, c'est ça ou la zone industrielle, à vous de voir.


mercredi 17 avril 2013

Souviens-toi. T'étais là. J'étais là.

C'était l'été 83.
Sur cette plage abandonnée.
De la Costa Brava.
Souviens-toi.
T'étais là.
J'étais là. 
Souviens-toi.
Cette plage abandonnée. 
Les cadavres par milliers.


Auteur d'un occulte cd-r, d'un 45t et d'un split 12" avec GLU durant la deuxième moitié des années 00, Plastobeton, légende synth-punk de Metz composée de futurs ou déjà membres de Scorpion Violente, The Feeling Of Love et The Dreams, se voit aujourd'hui célébrée, sanctifiée et intégralisée sur Glam Mort, vinyle posthume pressé à 500 exemplaires par Eurochoc Production, "nouveau label du Ban St Martin/banlieue de Metz" derrière lequel se cache une moitié de Scorpion Violente, en collaboration avec Tanzprocesz, maison de disques "célèbre pour ses multiples faillites successives". Outre les proverbiaux "Femme du RPR" et "C'est Quoi Les Gens Nus", le disque inclut bien évidemment les deux tubes du groupe, "Eté 83" et "La Prison", tous deux présents ci-dessus et dessous.
Comme ils le disent eux-mêmes : "achète ou regrette".


A noter que Plastobeton se produira de manière tout à fait exclusive et univoque, ce vendredi aux Trinitaires, à Metz, et le lendemain à Paris, au Cirque Electrique, dans le cadre du festival Sonic Protest, avec Palais Schaumburg, Pied Gauche et Coolhaven.
A priori, la probabilité de croiser vos collègues de travail à l'un de ces deux événements est de 3%.

mardi 16 avril 2013

J'irai (re)verser 2002 sur tes tripes


Comme la plupart des méditerranéens, j'aime les rousses, l'odeur du bois de cèdre, rajouter du piment sur tout ce que je mange et m'énerver pour pas grand chose. Et parmi les choses tout à fait insignifiantes qui me font criser par delà les limites du raisonnable, les tops de fin d'année ont longtemps bénéficié d'une place de choix.
Oui, je dis longtemps parce que ce n'est plus tellement le cas aujourd'hui. Entendons-nous bien : je trouve toujours ça aussi laid et déprimant, mais ça ne me dérange finalement pas plus que de voir un type se masturber dans les toilettes d'une station service pendant que je me lave les mains. C'est à dire que ça reste assez gênant mais que je peux gérer la situation. Les plus observateurs auront d'ailleurs remarqué que je n'ai pas posté de bilan cette année (hormis un truc consacré aux pochettes de disques de 2012 et quelques listes vite fait chez New Noise, Tsugi, In Bloom et Oedipe Purple, ce qui fait quand même beaucoup, vous en conviendrez). En fait, pour être tout à fait honnête, j'avais commencé à en faire un, mais arrivé à la moitié, je me suis dit qu'il serait peut être plus intéressant de revenir sur un bilan précédent, plutôt que d'en faire un nouveau que je serai de toute façon obligé de renier dans six mois.
Dix ans me semblant une période d'affinage raisonnable pour un disque, j'ai donc décidé de me pencher sur l'année 2002.
Pour aider les moins frais d'entre vous à resituer, 2002 c'était l'année juste avant la canicule, celle où Le Pen est passé au second tour et où tout le monde et sa soeur vous les brisait avec "Losing My Edge", "House Of Jealous Lovers", "Hands Around My Throat", "Can't Get You Out Of My Head", "Hot In Herre" et "Heartbeats".


5 disques que j'écoutais en 2002

PROGRAMME L'Enfer Tiède (Lithium)
2002 : année faste. Je vivais en province, la plupart des gens que je fréquentais avaient sombré dans la drogue, l'alcool, la dépression ou les trois à la fois (je travaillais dans le milieu du spectacle, ok) et je sortais avec une fille aux yeux gris trouble et au métissage conjectural (moitié anglaise, moitié espagnole - souvenez-vous d'une seule chose à propos de cette combinaison : ce sera fabuleux pour ce qui est de la bagatelle mais, pour tout le reste, vous connaîtrez la douleur de celui qui traverse un mur de flammes), qui avait -entre autres choses- oublié de me préciser qu'elle n'avait pas complètement quitté son mec précédent, psychopathe notoire qui me cherchait dans tout le foutu patelin pour me transformer en cerf-volant. Pour oublier cette fâcheuse situation, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que de me taper mon agent d'assurance, une blonde écervelée pleine de seins, en me disant qu'au moins comme ça, ce serait fait et que ça ne viendrait pas me pourrir la vie plus tard (ma théorie était à l'époque que tous les mecs hétéros rêvent secrètement de se taper une blonde écervelée pleine de seins, et que s'ils ne le font pas le plus tôt possible -pour réaliser preuves à l'appui que c'est exactement comme de transformer sa vie en une version Extended Mix d'un single de Cascada- ça leur retombera dessus un jour au l'autre, et très probablement au plus mauvais moment). Enfin, pour parfaire le tableau, j'écoutais en boucle L'Enfer Tiède de Programme, un disque dur, sombre, brutal, minimaliste, misanthrope et gentiment prétentieux, dans lequel j'adorais tout particulièrement le morceau "Une Vie" (et plus précisément le deuxième couplet, qui se terminait par "Une vie où on avance un couteau à la main/une vie où plus on réfléchit/et plus on se dit qu’on aurait préféré un fusil"). Et puis un jour, un type m'a fait remarquer qu'Arnaud Michniak avait exactement la même voix que la marionnette de François Bayrou dans les Guignols, alors j'ai jeté ma copie de L'Enfer Tiède, j'ai quitté ma nymphomane adultère et mon agent d'assurance, laissé tomber mes études et mon job et j'ai déménagé à Paris.
 
ISIS Oceanic (Ipecac)
Je n'avais pas aimé Celestial, et encore moins The Red Sea, mais à une époque où Mogwai était déjà inécoutable et Godspeed You! Black Emperor toujours pénible, le groupe d'Aaron Turner avait réussi avec ce troisième album à dégager un spot à peu près fréquentable dans la musique pour barbus qui construisent des pyramides en pleurant. A la réécoute, je ne peux pas nier qu'Oceanic garde une certaine tenue et que les premières notes de "The Beginning And The End" ou "Carry" font instantanément jaillir un mur de souvenirs ultra-violents. Mais la musique ce n'est pas juste des souvenirs, sinon on écouterait tous INXS en boucle pour revivre ad infinitum notre première pipe.

dälek From Filthy Tongue Of Gods And Griots (Ipecac)
Pendant quelque chose comme trois ans, peut être quatre, j'aurais été capable de vous enfoncer le nez dans le cul à coups de pompe si vous aviez émis ne serait-ce que le début d'une réserve sur dälek. Je les ai vus pour la première fois en 1999, sur un tapis sale, dans un PMU Luxembourgeois, en première partie de The Lapse, et le choc a été si sévère que ça c'est soldé par l'organisation de leur première date en France (à Nancy, avec Programme, tiens !), même si techniquement, c'était la deuxième, vu que le groupe avait joué en première partie de Tomahawk à l'Elysée Montmatre quelques mois avant. Et puis le temps est passé, les préoccupations aussi et, sans vraiment que je sache pourquoi, j'ai complètement décroché de dälek, au point de ne plus pouvoir en supporter la moindre note aujourd'hui. Ce genre de choses arrive. C'est même la raison #1 pour laquelle il ne faut JAMAIS se faire tatouer le nom d'un groupe.

ELECTRIC WIZARD Let Us Prey (Rise Above)
J'ai littéralement passé l'année 2002 à essayer me dépêtrer de relations avec des filles à problèmes et à haïr la terre entière. Il y avait donc énormément de place dans mon monde froid et humide pour Let Us Prey.

KNUT Challenger (Hydra Head)
Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas beaucoup écouté Knut en 2002, mais je les ai, en revanche, pas mal fréquentés. Fin août 2002, on s'est comme ça retrouvés en Flandres pour le festival Pukkelpop. Un des highlights de cette édition, outre la baston à coups de chaises et de matelas pneumatiques pendant 2 Many DJ's et le feu d'artifice déclenché par le premier coup de caisse claire du batteur de Nickelback, c'est qu'on a trouvé, dès notre arrivée, entre deux mottes de terre, un blister de la taille d'une enceinte de mini-chaîne, qui contenait de quoi rassasier deux personnes en herbe pendant 10 jours et un sachet de champignons avec lequel il était tout à fait envisageable de faire la semaine. Didier, le chanteur de Knut, particulièrement porté sur les hallucinogènes, est immédiatement rentré à sa tente pour réduire son taux d'alcoolémie à grands coups de jus d'orange et nous a invité à faire de même, en commandant plusieurs tournées de softs. A son retour, on devait, en tout sobriété, prendre les champis ensemble, selon un rituel ancien dont lui seul connaissait les étapes précises. Malheureusement, quand Didier est revenu, tout le monde était rentré se pieuter, fatigué d'attendre totalement déssaoûlé au milieu de flamands qui hurlaient comme des animaux qu'on égorge sur l'intégrale de Pennywise. Le type n'a alors rien trouvé de mieux à faire que d'avaler l'intégralité du sachet de champignons. Le lendemain, on l'a retrouvé au premier concert de la journée (guess who ? Programme ! véridique) hagard, en totale souffrance, écrasé par la réalité. Il a erré comme ça pendant toute la durée du festival, la bouche ouverte, le visage figé dans une douloureuse expression d'angoisse. Le 3ème jour, on l'a retrouvé pendant le calamiteux DJ set de Mr. C, le rapper-gogo de Shamen. On était trois, il lui a fallu 40 secondes pour nous reconnaître, et puis il a dit : "trois bières ok ? C'est ma tournée". A cette heure de la nuit, il ne restait plus qu'un bar ouvert sur tout le site : le plus grand, distant de plus de 500 mètres, logé derrière un genre de colline qui séparait le terrain en deux. On l'a regardé partir en se disant qu'on ne le reverrait plus. 30 minutes plus tard, on l'apercevait, vacillant, à bout de forces, se hisser au sommet de la colline avec quatre pintes à la main. 2002 a été une vraie pute, mais rien que pour ce moment, je n'en regrette pas la moindre seconde. C'est comme si tout avait été aligné par une force divine pour qu'on en arrive là, précisément. Rien que d'y penser, je vous jure que j'ai presque envie de pleurer.



5 disques auxquels il était techniquement impossible d’échapper en 2002

THE STREETS Original Pirate Material (679)
Réécouter Original Pirate Material en 2013, c'est un peu comme de retrouver un vieille cassette de freestyles enregistrés sur Radio Nova circa 1989 (celle où il y a ton cousin qui fait rimer "paires de Weston" avec "Al Capone"), appuyer sur play en frissonnant comme une collégienne fiévreuse et se rendre compte que ton neveu de 14 ans a effacé la bande pour s'enregistrer en train de rapper comme un putain de vélo sur des instrus qui ressemblent à des pubs Sephora.

QUEENS OF THE STONE AGE Songs For The Deaf (Interscope)
JOHNNY CASH American IV: The Man Comes Around (American)
J'ai du entendre ces deux disques un milliard de fois en 2002. Dans des bars, des soirées, des voitures, des salles de concerts, chez des gens et des disquaires. Tout le monde écoutait ces putain de disques tout le temps. A tel point que tu ne te posais même plus la question de savoir si tu avais ou non un avis dessus, parce que c'était tout à coup devenu à peu près aussi stupide que de te demander si tu étais pour ou contre Jean Moulin, les fraises ou la transpiration.

THE NOTWIST Neon Golden (Virgin)
WILCO Yankee Hotel Foxtrot (Nonesuch)
J'ai littéralement passé l'année 2002 à essayer me dépêtrer de relations avec des filles à problèmes et à haïr la terre entière. Il n'y avait donc pas de place dans mon monde froid et humide pour des groupes comme The Notwist et Wilco.

METRO AREA Metro Area (Environ)
Je crois que toute ma vie durant, à chaque fois que j'entendrai "Miura", je me verrai âgé de 26 ans dans une Twingo aux portières défoncées, roulant dans la nuit vers un absolu extatique qui se terminait souvent par un pastis chez Wolff à 8h du matin, entourés de porn-stars fêtant leur anniversaire et de légionnaires dansant le tango en paraboots. Ne cherchez pas, ce bar n'existe plus et je crois que c'est mieux comme ça.

2 MANY DJ'S As Heard On Radio Soulwax Vol. 2 (PIAS)
On dira ce qu'on voudra, mais la baston à coups de chaises et de matelas pneumatiques était vraiment une belle baston.



5 disques classés dans les tops 2002 que plus personne n’écoute

N*E*R*D In Search Of... (Virgin)

THE VINES Highly Evolved (Capitol)

CARLA BRUNI Quelqu'un m'a dit (Naïve)

THE DATSUNS The Datsuns (V2)

RYAN ADAMS Demolition (Lst Highway)





Un disque, un seul, de 2002 que j’écoute toujours régulièrement en 2013

LOST SOUNDS Rat's Brains & Microchips (Empty)

Et je n'ai vraiment pas de meilleur argument que ces deux minutes et quarante-trois secondes.