lundi 24 juin 2013

Sodom - Agent Orange (SPV/Steamhammer, 1989, rééd. 2010)


Chronique parue dans Noise #16 (juin/juillet 2010)

On a tous dans l'cœur un petit Allemand en cuir clouté, cartouchière, queue de cheval, à la sortie du lycée. Accept, Destruction, Tankard, Kreator, Mekong Delta : des rustres aux esthètes, le choix était vaste et dis-toi bien que si la Bay Area n'avait sévi, on serait tous en Germanie. Oui, fin 80, on dansait la Teutonic, cheveux gras, mâchoires serrées, doigts crispés, yeux révulsés. C'était comme une gaîté, comme un sourire, quelque chose dans la voix qui semblait dire « komm, komm », qui nous faisait sentir comme de vrais hommes. Mais quel était ce tout petit supplément d'âme, cet indéfinissable charme, cette flamme qui tapait sur les tambours, sur les pianos, sur tout ce que Satan pouvait te mettre entre les mains et montrait ton rire ou ton chagrin ? Pas besoin de phrases ni de longs discours : une seule écoute d'Agent Orange suffisait pour que tout change dedans, pour que tout change autour, et que l'horizon s'enflamme sous des nuages lourds, lourds, comme des bouteilles de butane.

Faisant suite au dévastateur mais terriblement rustique Persecution Mania (1987), Agent Orange n'est pas seulement le meilleur album de Sodom, c'est aussi et surtout le parangon d'un savoir-faire entretenu des décennies durant, celui du thrash allemand. Un thrash droit, généreux, franc du collier, souvent un peu juste au niveau des finitions, mais qui était toujours l'assurance d'un authentique instant baston. Cavalcades infernales (« Magic Dragon »), tonnerre de cymbales (« Agent Orange »), mosh-parts fatales (« Incest ») et charges triomphales (« Baptism Of Fire »), le Destruktiv Kommando de Gelsenkirchen, respecte ici scrupuleusement le cahier des charges, distribuant ça et là la petite mandale un rien gratuite, la beigne de plus pour la route, bref, la petite attention qui différencie les crapules des ordures et permet à Agent Orange de dépasser le strict cadre de la curiosité locale.

Un coup de maître qui marquera hélas l'irrémédiable déclin du groupe, très vite supplanté par ses éternels rivaux, les Brésiliens de Sepultura, dont le Beneath The Remains, sorti la même année, placera non seulement la barre trois crans plus haut mais deviendra également un maître étalon pour les années à venir, là où Agent Orange marquera surtout la fin d'un règne. Que veux-tu, c'est une putain d'époque mon pote, ici faut des putains d'dorsaux, des putains d'morceaux et tous les blocs ont des glocks sous leurs doudounes (poc-poc).


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