lundi 4 février 2013

Catholic Spray - Earth Slime (Born Bad, 2013)


Catholic Spray
Earth Slime
(Born Bad)

Texte écrit pour la bio de Earth Slime, deuxième album de Catholic Spray, dont la sortie est prévue fin mars sur Born Bad.

A l'heure du jazz conscient (cette musique faite par des gens qui la connaissent trop bien) et du sacrement des rois-puceaux (Bon Iver, James Blake, Kendrick Lamar, ces types à qui personne de sensé ne voudrait ressembler), l'essartage de l'actualité musicale n'a plus rien de la sinécure, et c'est le cœur lourd que l'on s'approche désormais de la pile de nouveautés. Et puis arrive un jour où vous tombez sur la pochette du premier album de Catholic Spray et, soudain, tout s'accélère. L’année, c’est 2011, le label, Teenage Menopause, et le disque, un concentré de ces moments de vérité crue où l’on se réveille torse nu devant un grec-frites froid à 5h du matin, dans un immeuble ravagé par les flammes d'un incendie causé par une baston entre deux trans. Guitares fouettant l’asphalte, vocaux de soulful branleurs carrément out of tune, mélodies intouchables. En d’autres termes : grosse magie sur l’eau, chef, attention. L’issue, en revanche, on ne la connaît que trop bien : un disque infernal, sublime, incandescent, et six mois plus tard le groupe explose en vol et nous laisse bavasser, seuls, pendant 20 ans.
Et puis en fait, non.

Après avoir rappelé qu’il était le groupe qui avait replacé l'épicentre du cool dans le 18ème arrondissement (« Hustling In Barbès », balancé d’entrée de jeu), Catholic Spray largue son inespéré deuxième album sur un tapis de goudron écrasé par la chaleur où filent à pleine vitesse des gerbes de refrains mongoloïdes (« Masterchief Of The Foxes », « Drift With Satan »), appuyant parfois un peu plus fort et avec plus d’assurance sur la boîte à mandales (« Black Cat »), histoire de bien souligner le propos et confirmer les progrès effectués en termes de maîtrise du véhicule. Pas de panique, cependant : le groupe roule toujours sans permis et les deux yeux bandés, guidé par les voix morveuses de Pierre et Cyprien, qui chantent comme on progresse contre le vent, en racontant des miettes de pas grand-chose, jamais rien que des histoires de sans l'sou qui voudraient bien fumer une ginos et se trouver un bout de cul, mineur s’il le faut. Le genre de types qui, lorsqu’il vous rentrent dedans, vous transmettent toute leur vie, comme une maladie.

Concassé en mille caillots infectieux, Earth Slime voit pourtant Catholic Spray quitter les marécages d'Amazon Hunt, où le groupe suait au milieu d’un tourbillon d’insectes, pour s’engager sur la voie des seigneurs, bardé de chrome et de haillons, désormais prêt à patater l’univers à 100% de ses capacités. Et tant pis si le mur de la fatalité et les chaudes heures de lose les attendent en bout de course, parce qu’à cet instant très précis, ils filent vers l’éternité pendant que les ruines de la Pitchfork Nation se calcinent et suppurent sous le soleil brûlant.

"La jeunesse peut me sucer la bite", qu'ils disent.

Et comment. Et putain de comment.

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