jeudi 12 juillet 2012

Up in flames

Triple chronique extraite du numéro 11 de New Noise, qui sortira dans une dizaine de jours et dont le sommaire complet est disponible ici.

CRASH NORMAL
Your Body Got A Land
(Born Bad)

LE PRINCE HARRY
It's Getting Worse
(Teenage Menopause)

LA SECTE DU FUTUR
La Secte Du Futur
(XVIII Records)



Paris is burning

S'il est bien un label dont le parcours montre mieux que tout autre la vacuité, la veulerie et l'incompétence de la presse musicale française actuelle, c'est bien Born Bad. Ouvertement méprisés il y a encore deux ans, les disques de l'indiscipliné JB Wizzz s'invitent aujourd'hui officiellement aux festins de la racaille, jamais avare en flagornerie et servilité dès lors que le vent se met à tourner. Aucune trace par contre de ces nouveaux courtisans lorsqu'il s'agit d'affronter la tempête Your Body Got A Land, sixième album de Crash Normal et dernière sortie en date du label parisien. Le parti-pris du vinyl-only en a vraisemblablement écarté les deux-tiers d'entrée, et les autres n'ont probablement pas dépassé les trois premiers titres, noyés dans une infernale bourrasque d'échardes métalliques. Solidement amarrés à une carriole de fortune, Crash Normal traversent Your Body Got A Land comme deux desperados progressant contre le vent, claudiquant sans hâte dans un épais brouillard électrique. Loin de la mitraille ininterrompue des premiers cd-r, le duo temporise à grand renfort d'écho et de grondements synthétiques ("Moon Food"), marmonnant méthodiquement leurs fiévreuses prédications comme deux loners mutiques en transit avant acheminement express vers les portes de l'enfer ("You Can Still Run (It's A Long Race)", sublime). Ce n'est pas seulement leur meilleur disque à ce jour, c'est aussi un des plus beaux jamais sorti par Born Bad et de loin ce que vous entendrez de plus vital et addictif cette année.

Teenage Menopause et XVIII Records ne sont, eux, pas encore dans les petits papiers de l'internationale crevarde mais s'ils continuent à ce rythme, pas impossible qu'ils aient bientôt droit à leur tour à la pommade rance des fonctionnaires du cool. Le risque est d'ailleurs particulièrement sérieux pour Teenage Menopause qui, après deux réussites majeures (une compilation de singles de Jack Of Heart et l'incontournable premier LP de Catholic Spray), enfonce le clou avec le nouvel album du Prince Harry, trio synth-punk de Liège qu'on avait déjà remarqué il y a quelques années à l'occasion d'un split-LP mémorable avec les mongoloïdes Duflan Duflan. Plus tendu qu'un crackhead à une kermesse de paroisse, le groupe continue sa course hystérique vers la planète des morts à la seule vitesse qu'il connaisse : surpuissance mach 9. Basse cold-wave, synthés Screamers et grêle mercurielle, ça bataille sec côté artillerie, façon nid de crotales venimeux et règlements de compte sur le bitume ("Hit Me", "Living Dead In Toxcity"). De quoi remuer jusqu'aux bandits les plus aguerris, qui sans une ou deux accalmies salutaires ("No Brain", "No Way Out Of Wallonia") auraient sans doute eu du mal à s'envoyer l'ensemble d'une traite.

Aucun souci en revanche pour La Secte Du Futur, dont le premier album semble avoir été spécialement conçu pour les écoutes répétées. Avec pas moins de 80 refrains concassés en petits caillots infectieux et disséminés au jugé sur les 13 titres du disque, La Secte Du Futur (dont on notera la sublime pochette, signée Pierre Yeahhh, chanteur/guitariste du groupe, qui officie également chez Catholic Spray) s'impose comme le cousin braillard, loqueteux et insouciant de Your Body Got A Land. Même propension à transformer la moindre ébauche de morceau en hit single nucléaire ("Univers Perpendiculaire Vol.1"), même goût pour les irruptions inopinées au saloon ("We've Taken Over Skynet"), même facheuse tendance aux massacres sur la place du village ("Tunnel"). A la seule différence que là où Crash Normal avance posément, façon Franco Nero juché sur le chariot de la mort, La Secte Du Futur galope plutôt sur un âne enragé, à la manière d'un Crispin Glover en quête de failles spatio-temporelles dans un western futuriste. Dans un cas comme dans l'autre, la sentence est la même : carton intégral et unilatéral.

Bonus :

2 commentaires:

  1. Il manque à ton trio de mousquetaires du désordre leur Dartagnan :
    le 45t de THE BOX , le nouveau projet solo de Vincent Bergier , ex guitariste de CRASH NORMAL , sorti il y a un mois sur le label Plastic Spoons Records ...
    écoutable ici :
    http://soundcloud.com/plastic-spoons-records

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  2. Merci du tip, ça défonce ! Je le poste tout à l'heure pour la peine.

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