mardi 22 mai 2012

Pornofulgure


Version intégrale et multi-cliquable de mon article "Pornofulgure" (retitré "X Factor") paru dans le n°50 de Tsugi (mars 2012). Si vous préférez lire sur fond blanc, la version de l'article telle qu'elle est parue dans le magazine figure en bas de page (il ne manque pas grand chose, juste une phrase et deux ou trois adjectifs écartés faute de place).


PORNOFULGURE

Music from planet X

Tout le monde aime un bon feu de bûche, la chaleur d'une ambiance bois, l'éminence d'une assise sur la peau d'un animal mort et le confort d'un textile de goût façon Equinoxe, Devernois ou Janine Pauporté. C'est bien naturel. Mais tout le confort du monde ne saurait remplacer ces plaisirs qui nous seront à jamais interdits et dont le souvenir nous ronge avec la plus ineffable cruauté aux petites heures du jour, entre deux bouffées de pipe. Je veux bien sûr parler de ces faveurs que le Tout-Puissant n'a daigné nous accorder, telles que "devenir invisible", "traverser les murs" ou "réduire ses assaillants en cendre d'un simple battement de cils". Triste sort que celui de l'Homme qui sait qu'il mourra sans jamais avoir pu faire exploser Nadine Morano dans une longue gerbe d'entrailles sous les frondaisons séculaires d'Albergaria.

Pas totalement chien, le Seigneur a toutefois consenti à nous laisser -par mégarde ou pitié- quelques super-pouvoirs d'une relative médiocrité mais à l'efficacité avérée. Ainsi, j'ai rencontré dans les banlieues nord de Paris cet énergumène parfaitement intarissable sur la variété française de 11ème catégorie, capable de s'étendre des heures durant sur les mérites de Michel Cogoni, Pierre Groscolas ou Jean-Michel Caradec. Plus loin, vers Châtelet, j'ai brièvement partagé un bureau avec une correctrice aux yeux rouges et aux mains décavées qui savait tout des documentaires animaliers diffusés sur les réseaux hertziens depuis 1984. Du côté de Pigalle, j'ai même croisé un facteur mutique que tout le quartier croyait autiste, jusqu'au jour où il s'est lancé, sans trop que l'on sache pourquoi, dans un stupéfiant exposé sur les squales à travers les âges et les continents.

Non, on ne sait ni voler, ni pulvériser les astéroïdes, mais on peut tricoter des chaussons en forme de bananes ou réciter de tête la filmographie complète de Nicolas Cage. Tel est notre sinistre destin.



Et s'il arrive qu'on me passe des coups de fil inopinés au beau milieu de la nuit pour me demander la marque du short que portait James "Buster" Douglas lors de son match historique contre Mike Tyson au Tokyo Dome le 11 février 1990 ou la réplique exacte que lance John Travolta à Nancy Allen dans Blow Out quand il essaie de la draguer sans trop en avoir l'air en l'invitant à "have a drink sometime... hmmm... in a glass ?", on fait plus généralement appel à moi pour un tout autre sujet : le porno.

Filmographies complètes et détaillées, identités civiles de pseudonymes certifiés, contacts téléphoniques directs, tout y passe. L'autre jour encore, l'ami Crame m'attrapait au vol pour me demander un brief sur les dernières actrices en vogue afin d'alimenter une note de blog à propos d'un type qui chantait torse nu à une remise de prix télévisée (ou quelque chose d'approchant). Il s'agit pourtant là d'un prodigieux malentendu, parce que, pour être tout à fait honnête avec vous, je n'y connais STRICTEMENT RIEN en porno, et je n'ai d'ailleurs jamais vraiment cherché à en savoir davantage. La vérité, c'est que c'est le porno qui est venu me chercher. Je ne plaisante pas.

En effet, à peine arrivé à Paris, j'emménageais avec un cadreur de films X, et deux mois plus tard c'était une actrice qui prenait la troisième chambre. Que les esprits prudes se rassurent, la cohabitation n'avait rien de graveleux : la fille était plus enjouée et primesautière qu'une vendeuse de glaces provençale et nous faisait des cookies le dimanche pendant qu'on regardait des films de zombies espagnols (plus lents que les italiens, mais tellement plus sournois). Parfois, elle nous emmenait, pour l'exotisme, et surtout parce que c'était le seul endroit où on leur foutait la paix, retrouver d'autres actrices/acteurs dans un bar gay près de la Gare de l'Est où des quadras virils dansaient en paraboots sur des chansons de Frida Boccara, devant trois voyageurs au bout du rouleau attendant le train de la dernière chance sans se douter qu'à quelques tables derrière eux, se trouvait le casting quasi-complet de Nique Bill ou des Tontons Tringleurs.


Le temps est passé et chacun a fait son chemin, mais l'étiquette est restée et, dix ans plus tard, alors que je pensais m'être enfin refait une virginité côté réputation, Tsugi (dont l'équipe m'avait jusqu'à présent plutôt catalogué -pour des raisons relativement obscures- dans la catégorie « fils de dictateur amateur de cuir et d'interrogatoires soutenus ») me propose un article sur la musique de films X, sujet qui, au delà de la légère crispation qu'il provoqua immédiatement au niveau de mes cervicales, posait surtout un sérieux problème. En effet, la musique de films pornos, c'est comme les films de kung-fu indonésiens, les gels douche à la tomate cerise ou les loges du Silencio : ça n'a, très franchement, pas le tiers de l'intérêt qu'on lui prête.

Tenez, par exemple, quand ils pensent au porno des années 70, la plupart des gens ont l'image de types en chemise orange qui baisent façon Jean Rochefort, ahanant doucement des blondes pneumatiques en ondulant des sourcils sous fond de turgescents riffs de wah-wha et de solos ruisselant de fuzz. La triste vérité, c'est que -outre le fait que la plupart des acteurs de l'époque ressemblent à votre boulanger- 99% des musiques de films X des 70's ne sont que des montages aussi ennuyeux qu'aléatoires réalisés à partir de banques sonores où venaient également piocher les comités d'entreprise et les kermesses de province. Ce qui explique, entre autres, pourquoi des compiles pseudo-vintage comme Porno Groove (sortie en 2009 sur Secret Stash) ne proposent en réalité que des titres enregistrés durant les années 2000 et jamais utilisés dans aucun film.

Aujourd'hui, si les sonorités ont basculé du côté du trip hop cuit à l'eau, du hip hop au mètre, voire, plus ponctuellement du metalcore bas du front ou de l'indie rock lambda, le principe reste le même : la musique de films porno reste purement accessoire et ce n'est pas demain que ça changera. Alors quoi faire ? J'avais le choix entre 3 options. Soit je continuais sur ma lancée et je vous racontais ma brève relation avec cette Norvégienne qui possédait une collection de films X à faire blêmir un puceau de 14 ans. Soit je la jouais veule et doucereux et je vous tartinais 4000 signes sur les mérites incomparables des scores de The Devil In Miss Jones, Powertool, ou -pour la jouer plus local- Gorilles Dans La Brune ou Vicères Au Poing. Soit je faisais ce que je fais finalement de mieux dans ce magazine depuis un an, à savoir une playlist.
Pas plus chien que le Seigneur, je vous en ai fait trois. Après tout, c'est le numéro 50, non ?


5 B.O.s de films X que vous pouvez écouter sans trop vous ennuyer

NEW WAVE HOOKERS 2 (1991)
Suite du cultissime New Wave Hookers (principalement connu pour se fameuse scène avec Traci Lords, supprimée après que l'actrice ait avouée qu'elle était mineure au moment du tournage), New Wave Hookers 2 vaut avant tout pour son esthétique 80 tout en bandeau éponges, lunettes asymétriques et maquillage phosphorescent, et sa bande-son punk, qui inclut des titres originaux de Chemical People, The Mimes, ainsi que le "Electrify Me" des Plugz, légendaire groupe mexicain de la scène de L.A.

SCHÜLMADCHEN REPORT (1968-1972)
Compilation éditée par Crippled Dick Hot Wax! en 1996 regroupant les thèmes d'une dizaine de soft-porns allemands réalisés entre 68 et 72, Schülmadchen Report fait partie des disques à la fois les plus authentiques et les plus fidèles aux clichés que vous pourrez trouver sur le marché. Cha-chas lubriques, farfisa balladeur et complaintes lascives : tout y est, râles paresseux compris.

NIGHTDREAMS (1981)
Avec le Cafe Flesh de Francis Delia et New Wave Hookers (cité plus haut), sans doute le porno le plus singulier et déviant des 80's. Un long cauchemar surréalistedes toasts géants jouent du saxophone pour des opiomanes partouzeurs sous fond de Wall Of Voodoo, groupe aussi incontournable que mésestimé.

CAPTAIN LUST (1977)
Considéré comme le premier film de pirates porno de l'histoire du cinéma, Captain Lust se démarque également par sa bande-son exclusivement composée de chants de marins enjoués qui rythment les charges hardies de Bobby Astyr et Jake Teague.

PORNOVISTA (1995)
Légendaire formation digi-punk lo-fi de Nice, les Dum Dum Boys sont les héros indirects de ce X français, dont ils signent également l'excellente B.O., entre synth-punk minimaliste et be-bop électronique. Accessoirement, le seul disque de cette liste qui ait fait l'objet d'une sortie officielle.


5 titres qui auraient largement eu leur place dans un porno

FRANCIS BEBEY Savanah Georgia
Extrait de African Electronic Music 1976-1982 (Born Bad, 2012)
Taux d'humidité de 120% et liaisons épicées. Titre envisageable : “Mets ton Douala”

SUKIA Touching Me Touching You
Extrait de Contacto Espacial Con El Tercer Sexo (Mo Wax, 1997)
Triolisme cagneux et post-punk en surchauffe. Titre envisageable : “Chicas in heat”

JEAN-FRANCOIS MAURICE 28° A L'Ombre
Extrait de 28° A L'Ombre (AZ, 1978)
Speedos en polyester et gourmettes plaqué or. Titre envisageable ”Adultères à Juan-Les-Pins”

WEEN Freedom Of '76
Extrait de Chocolate And Cheese (Grand Royal / Elektra, 1994)
Peignoir en satin et cheerleaders délurées. Titre envisageable : ”Le quarterback fonce dans le tas”

SCORPION VIOLENTE Ray Ov Gold
Extrait de Uberschleiss (AVANT !, 2010)
Fantômes pervers et forêts hantées. Titre envisageable : ”Orgies spectrales au bois de Morval”


3 disques sur lesquels il est recommandé de ne JAMAIS s'accoupler

MUSE Discographie intégrale
Dites-vous bien que dans 20 ans une génération de jeunes gens conçus sur "Exogenesis II" et "Knights Of Cydonia" marchera sur Terre et que vous n'aurez alors d'autre choix que de les abattre afin d'empêcher le Monde libre de tomber entre les mains de l'Antéchrist.

MARC LAVOINE C'est Ça La France
Sauf bien sûr si vous avez envie d'avoir un aperçu du fond du puits des ténèbres dans la terreur de l'espace sans fin.

LE GENERIQUE DE CHAMPS ELYSEES
Ceux qui savent, savent.


Article original (illustration de Marc Poitvin)
Cliquez sur les images pour agrandir




1 commentaire:

  1. article à lire en écoutant le dernier hit de la hardeuse/rappeuse allemande Miss Doggystyle =p ou un bon vieux Libido Airbag (du pornogrind vintage de 1995.

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