vendredi 6 août 2010

L'Altro Inferno (Bruno Mattei, 1981) - Quatrième Episode


Si vous avez raté les précédents épisodes, visionnez-les sans plus attendre :
Premier épisode
Deuxième épisode
Troisième épisode


Troublée par son assurance bravache et ses sourcils ondoyants, Marie France Donjon redoute à présent son entrevue avec le suave et impétueux Manitas.

Le voici justement qui fait son entrée dans l'officine de Marie France Donjon, nonchalant, de frais vêtu, et sifflotant un air de batuque.

Fondant droit sur Marie France, il lui moissonne les yeux sans autre formule de politesse et lui glisse dans un onctueux souffle aux notes de musc ambré : "La nuit est douce, mais mon coeur grelotte, lady Donjon".

- "Vous m'en voyez navrée, lui répond-elle en essayant de rester aussi impassible que ses lèvres tremblantes le lui permettent. Mais asseyez-vous, je vous en prie, Monsieur... Monsieur ?"
- "Manitas De Las Fuentes Y Bartomeu, en provenance directe et exclusive de Mar Del Plata, par voie aérienne.

- "Bien, Monsieur De Las Fuentes Y Bartomeu. Quel est donc l'objet de votre visite à l'abbaye Diego Rodriguez Lucero ?
- "J'ai ici des documents que j'aimerais vous présenter.

"Il s'agit d'un projet de comédie musicale intitulé "Nos Années Sida". C'est une fresque en 3 actes qui a pour thème le combat historique de la droite républicaine contre cette terrible maladie, introduite sur notre planète par le perfide François Mitterrand."

- "Vous m'intéressez férocement, Monsieur De Las Fuentes Y Bartomeu. Prenez-donc un siège.
- "Je vous remercie.
- "Mais c'est tout naturel, je vous en prie.
- "Non, vraiment, votre générosité vous fait honneur.
- "Cessez, je vous en prie. Venons-en aux faits. Dites m'en plus sur ce projet.

"Eh bien, il s'agit d'une comédie musicale à grand spectacle dont les 3 actes se déroulent comme suit : 1er acte, Rock Hudson rencontre François Mitterrand à Paris en 1985. Ils passent une soirée ensemble, durant laquelle ils boivent, fument, assistent à des spectacles de Music-Hall et consomment des produits stupéfiants, bref, les activités classiques auxquelles tout socialo-communiste se livre quotidiennement. Au petit matin, drogué, ivre et inconscient, Rock Hudson est abusé sans ménagement par François Mitterrand dans un discret hôtel particulier du 5ème arrondissement."

"2ème acte : Rock Hudson décède d'une maladie inconnue. Un éminent médecin Gaulliste isole le virus et lui donne un nom : le SSITICDAMPVMPS, Syndrome de Suicide Interne Total Induit Par Comportement Déliquescent Ayant Mené A Pénétration Violente Par Membre Du Parti Socialiste. Mais François Mitterrand fait disparaître les travaux de recherche du courageux médecin avant de l'envoyer finir ses jours dans un camp de travail de la banlieue de Sarreguemines. Il confie ensuite le dossier à un repris de justice immigré devenu interne d'un des plus prestigieux hôpitaux de Paris grâce à son très influent carnet d'adresses, qui rebaptise la maladie SIDA, laissant le champ libre à Mitterrand et ses sbires pour accomplir leur sombre dessein et décimer un tiers de la planète au nom du socialo-communisme."

"Enfin, 3ème acte : nous sommes en 2010. François Mitterrand est mort, le Sidaction a été déprogrammé et, comme chacun sait, le SIDA n'existe plus. Mais Fiacre Kiberlain, un jeune militant UMP originaire d'une banlieue difficile, apprend l'existence sur internet de nouvelles victimes en Afrique. Il décide, malgré le danger, de se rendre dans les faubourgs de Gaborone, la capitale du Botswana, afin de mener l'enquête. Là, il découvre l'intolérable vérité : François Mitterrand est toujours en vie et règne sans partage sur l'Afrique rurale. Après avoir mis en quarantaine -avec l'aide du Ministre Brice Hortefeux- les contaminés introduits en France, Fiacre Kiberlain part avec un commando trié sur le volet en Namibie afin de livrer l'ultime combat face au sanguinaire François Mitterrand."

- "Alors, lady ? Avouez que ça colle un méchant frisson, non ?"
- "C'est effectivement très prometteur... Enfin, il y a tout de même un détail qui me pose souci.

- "Je ne comprend pas, tout me semble absolument...
- "Dans le deuxième acte, vous précisez très justement que le bolchevik François Mitterrand décime un tiers de la planète avec son abominable maladie. Toutefois, nous savons que ce sont surtout des homosexuels, des drogués et des délinquants qui ont péri par le membre turgescent de François Mitterrand. Autrement dit, des gauchistes. N'est-ce pas là un paradoxe ?"

- "Well, j'aurais presque envie de dire que vous marquez un point, lady... Mais, sauf mon respect, vous omettez un élément capital : avant d'être le hérault du socialo-communisme, François Mitterrand est avant tout un être assoiffé de sang. Il tue aveuglément, sans se soucier des appartenances politiques et sociales. Et le fait qu'il aille chercher ses victimes jusque dans ses propres rangs n'est qu'une preuve supplémentaire de sa singulière cruauté."

- "En d'autres termes, mon scénario est béton, lady, et si j'en juge par l'odeur de mammifère souillé que vous dégagez à cet instant très précis, je pense pouvoir dire qu'il ne vous laisse pas franchement insensible.
- "Monsieur, je... je....

- "La peste soit du Général ! Monsieur De Las Fuentes Y Bartomeu, je ne puis me contenir d'avantage : mon corps brûle pour vous et je tiens dès à présent à vous signifier sa mise à disposition exclusive et sans restrictions aux désirs les plus avilissants que pourra générer votre esprit corrompu."

- "La vérité, lady, si cela ne tenait qu'à moi, je vous retournerai céans sur ce pupitre et je vous travaillerai jusqu'à l'aube en sifflant des insultes en Catalan entre mes dents.
- "Oh, Manitas, cessez de vous contenir ! Barbouillez-moi comme une hyène !"

- "Oh mais je le ferai, lady Donjon, soyez-en sûre ! Mais le voyage qui m'a conduit jusqu'ici a été long et épuisant et je ne saurais vous soumettre à un pilonnage aussi foudroyant sans avoir bénéficié au préalable d'un minimum de repos.
- "Bien. Retrouvons-nous demain dans ce cas. Que la nuit vous soit profitable."

- "Vous... vous ne me proposez pas une chambre dans l'abbaye ?
- "Non. L'abbaye Diego Rodriguez Lucero est exclusivement réservée aux membre de la troupe.
- "J'hallucine ! C'est carrément super pété, lady ! J'ai tracé à travers l'espace-monde pour vos guêtres et vous n'êtes même pas capable de m'allonger une piaule ?
- "Non. Je suis une femme amoureuse, certes, mais je n'en demeure pas moins une pourriture de droite. Allez, partez maintenant avant que je ne commette l'irréparable. Nous nous retrouverons demain après les premières répétitions."

"Non mais quelle carne, j'ose à peine le croire ! Elle a plus de 70 chambres dans cette turne et elle m'oblige à aller me taper la zone sur le bord de la nationale pour raquer un Campanile. En plus, vu l'heure, à part des champignons à la grecque en self-service, je peux plus rien espérer rayon becquetance. La misère, elle me l'a bien mis profond, là !"

"Attends, la moitié des chambres doivent être vides dans cette taule. Pourquoi est-ce que je me gênerais, hein ? Personne ne le saura de toute façon ! Allez, hop, essayons celle-ci."


"Ah-Ah ! Qu'est-ce que je disais ! Exposition plein sud et draps du jour, que demande le peuple ?"

"Tiens, ils ont oublié de balayer dans les coins on dirait..."

- "Monsieur, je crains que vous ne vous soyez trompé de...
- "Comment t'appelles-tu, soeurette ?
- "Consuelo Manzanares, monsieur.

- "Ecoute, Consuelo. Je n'ai rien contre toi, et à dire vrai, tu me parais même être plutôt au-dessus de la mêlée pour une choriste affiliée à la branche radicale de l'UMP.

- "Mais là, vois-tu, j'ai urgemment besoin de me défaire du poids de ma journée. Alors tu vas me ramasser ta biographie de Fréderic Lefebvre fissa et gentiment me débarrasser le plancher."

- "Mais enfin je viens à peine de la commencer et madame Donjon a prévu de m'interroger dessus dès l'aube et...
- "Et alors, où est le problème ? Tu vas avoir tout le loisir d'en avaler les 700 pages à la lueur de la lune rousse ! Avoue que c'est une sacrée aubaine, non ?"

- "Monsieur, s'il vous plaît, Madame Donjon en a déjà gros après moi, et...
- "Cesse donc tes jérémiades, Consuelo. En cette saison, la mousse est généreuse dans les abris sous roche des sous-bois. Tu devrais te réjouir !"

- "Ah et si j'étais toi, j'éviterais d'emprunter le chemin qui passe par l'enclos du jardinier, le jeune Giacomo. Il m'a assuré qu'il avait définitivement enterré ses vieux démons, mais je reste intimement persuadé qu'il n'est pas à l'abri d'une rechute."

- "Ah-Ah ! A moi torpeur et dormition ! A moi le sommeil des justes !"

- "Attention aux secousses, ça va ronquer dru !"

Soulagé de ses attributs vestimentaires les plus superflus, Manitas s'apprête à sombrer sans retenue dans les rudes allées d'un sommeil sans grâce.

Lorsque soudain, l'écho d'un cri déchirant lui parvient, comme un appel à l'aide au plus profond de la nuit.

- "Manitaaaaaaassss ! Maaaaaniiiitaaaaassssss !!!!!!!!!!"

Manitas va-t-il répondre à l'appel désespéré de son éternel rival ?

A quelles tortures le suave Eusebio a-t-il donc été soumis pour sortir à ce point de sa naturelle réserve ?


Manitas réussira-t-il a suffisamment dormir pour gamahucher sans répit l'incandescente Marie-France Donjon et gagner ainsi son insensé pari ?

Toutes ces réponses, et bien d'autres encore, dans le cinquième épisode de L'Altro Inferno, le grand feuilleton de printemps de J'irai verser du Nuoc-Mam sur tes tripes.

2 commentaires:

  1. Le coup des champignons à la gresque m'a tué de rire.......bravo

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